Archives de catégorie : Ecrits du passé

L’église de Cabrerets (Lot)

cabrerets_1830miniature.jpg

(représentation de Cabrerets vers 1830, remarquez le pont avec 3 arches qui n’existe plus aujourd’hui)

Encore un article très instructif sur Cabrerets et son passé, merci à l’abbé Amédée Lemozi pour ces témoignages irremplaçables du passé.

« L’église de Cabrerets,
elle était autrefois chapelle du château. Restes de choeur roman sous la sacristie actuelle (sur le côté gauche). Avant 1830, le cimetière se trouvait devant l’église; la porte principale de la cour du château était aux abords de cet ancien cimetière, on voit encore une partie de cette porte en arc de cercle, en face de « l’école des filles » (école mixte aujourd’hui) dans le mur de la maison particulière aujourd’hui. L’ancienne sacristie qui était voutée a été considérablement agrandie en 1868. L’église a été élargie et pourvue de deux bas côtés en 1840; prolongée de plusieurs mètres, vers 1877. Le pavé est constitué par un certain nombre de pierres tombales venues de l’ancien cimetière, vieilles inscriptions, par exemple, à l’entrée: Papelier Jean Fort, c’est à dire Jean Fort, fabricant de papier. C’est une allusion à l’ancienne papèterie installée jadis à l’ancien moulin de la Sagne (avant l’Auberge de la Sagne , entre le village et la grotte de pech merle). Les fonds baptismaux sont encadrés de vieilles sculptures venant probablement d’un ancien autel. A la sacristie se trouvent plusieurs reliquaires dont quelques uns sont anciens, et aussi un ornement pour la messe, avec la mention marquée au tampon: « Don de l’Impératrice Eugénie ». » (nous n’avons pas encore vérifié leurs présences aujourd’hui dans l’église de Cabrerets)
Elle est située sur la rive droite du ruisseau, du même côté que le château de Gontau-Biron (XVIè siècle). Elle est de style roman.
La plus petite de ses deux cloches porte l’inscription suivante «1629, Sancte Petre et Paule, orate pro nobis. Cabraires»

“Au banquet de la vie” Gustave Guiches (Lot-Quercy)

« Tout ce que j’ai dédaigné jusqu’à ce jour, raconte Gustave Guiches dans Au banquet de la vie, et que, maintenant, je regarde avec déchirement comme des êtres qui vous chérissaient et, pour qui, au moment de les quitter, on se découvre une incurable affection. Mon village blotti dans ce creux du vallon, les collines qui firent le gros dos à mon enfance pour qu’elle grimpât dessus à quatre pattes, ces noires masures, au ras de cet escarpement, ébréchées comme les dents d’une mâchoire de vieille, ce Lot si accueillant, si calme et qui, tout à coup, mugit et bave parce qu’une digue l’empêche de passer. Rien n’échappe à mon regard qui s’approvisionne en souvenirs et prend les moindres vues, l’aviron qui miroite en saut de poisson, cette flotille d’oies qui se prélasse, ce cheval qui boit, en léchant, dans l’eau, le reflet de ses lèvres, cette puante ruelle bordée d’échoppes où des ressemeleurs font danser entre leurs genoux des souliers grands comme des enfants, ces chiens qui se chamaillent, ces pigeons qui sèment, ce cochon qu’on égorge, ces bourgeois qui flânent, cet omnibus jaune qui charge, en ouragan, le silence, et, autour de la table familiales, satellites de la lampe, ma mère,  mon père, ma soeur, moi, nos quatre visages courbés sur les assiettes d’où montent les fumées … Au dedans, je visite les chambres, comme si je les voyais pour la première fois, et je reste songeur dans ce cabinet de travail où, sur la page de mon devoir de vacances, me réapparait l’index culotté de tabac par lequel mon paternel professeur soulignait les contresens de mes versions latines. Ce sera dur de m’arracher d’ici ! Le sol natal colle à mes pieds … »

“Clartés du Quercy noir” Léon Lafage

« Ils sont nombreux en Quercy les vieux villages. Beaucoup meurent doucement sur leurs pechs chargés de pierrailles et de dalles blanches comme des os. Ils ont donné le jour à des troubadours, des poètes, des savants, des guerriers, des maréchaux, un pape, un Roi. Ils produisent surtout des politiciens et des fonctionnaires, des littérateurs aussi. Mais ils sentent tour à tour, selon la ronde des saisons et la rose des vents, la truffe, le tabac, le moût, la prune et la fraise. D’aucuns devraient être tenu pour les chefs-lieux du confit et du foie-gras. Tout se mêle ici, dans la familiarité occitane: la gourmandise et la gloire. Vous les verrez, obscurs dans la lumière sèche, maçonnés de paille et de glaise, armés de pans de bois, arqués sur leurs voûtes de calcaire gris et bleu, levant vers l’horizon leurs auvents béquillés de poutres équarries ou de colonnes de pierres, tièdes auvents au-dessus de la porte ferrée de larges clous comme une main au-dessus des yeux. Chargés de pierres plates, la gelée les effrite et la mousse les bronze; couverts de tuiles romaines, ils sont pareils à des sillons. Et le chat y dort comme le lièvre dans la raie. Il est même des abris de troglodytes avec des façades de maçonnerie et, sur la porte ou le contrevent, brille la plaque d’une compagnie d’assurances. Sur l’escalier aux marches lisses comme la pierre du lavoir, parmi le basilic en pot et le géranium en cruche, l’aïeule -la ménine- presse tour à tour de la même cadence le rouet et le berceau … »

Le “château du Diable” à Cabrerets

chate_diableminiature.JPG

« Dans le recueil des hommages rendus au comte Alphonse de Poitiers, il est question en 1259 du château de Cabrerets, dénommé par la suite, château des Anglais ou plus populairement « château du Diable ». De cette base, les Anglais, qui en restèrent longtemps les maîtres, se livraient à toutes sortes de pillages. Pris et repris plusieurs fois, il était toujours occupé par les bandes anglaises en 1380. En 1387, Bertrand de Basserat, dit de la Garénie, Capitaine anglais, s’en empara à nouveau, ainsi que des cavernes ou grottes qui longeaient le Célé, mais il ne conserva pas longtemps ces conquêtes, Jean d’Hébrard de Saint-Sulpice l’ayant chassé vers 1390.

Sa construction remonterait aux premiers temps de la féodalité et, d’après une tradition tenace, il aurait appartenu, dès 745, à Waïffre, duc d’Aquitaine. Il est situé à l’entrée Nord du village, aux flancs de la roche de Roquecourbe qui, à cet endroit, forme en partie un encorbellement. L’ensemble n’avait pas moins de 90 mètres de long, près de 30 mètres de hauteur et 5 mètres de largeur moyenne, avec des murailles de 2 à 3 mètres d’épaisseur. Une tour ronde dominait cette formidable forteresse (voir photo), dans laquelle on ne pénétrait que par un étroit sentier que barraient de solides portes. Il était impossible d’en bas de l’escalader et d’en haut d’y laisser tomber des projectiles, en raison de l’encorbellement de la falaise. » (cf: J.Clamon/A.Niederlender)